La grande guerre méridionale (v. 1098-1196) — Toulouse, Barcelone et les Corbières de Trencavel

Résumé

Sous le nom donné l’historiographie moderne, la « grande guerre méridionale » désigne les guerres quasiment ininterrompues qui, de la fin du XIe siècle à la fin du XIIe, opposent pour l’hégémonie sur le Midi les comtes de Toulouse à la maison de Barcelone.Cette dernière gouverne l’Aragon depuis l’union dynastique de 1137. les Trencavel constituentt la charnière entre les deux maisons. L’expression est contestées par certains historiens qui préfèrent la nommer « conflits féodaux intermittants ». L’article présente cette pèriode comme l’affrontement de deux légitimités concurrentes. Il se déroule , sur trois théâtres d’action : le Toulousain-Quercy, le Languedoc des Trencavel et de Narbonne, la Provence. Les Trencavel des arbitres, mobiles, entre deux seigneuries supérieures . Les Corbières, cœur du Razès, constituent un enjeu, comme le montrent les actes de fidélité de 1112, 1150 et 1179. L’hérésie est un phénomène religieux réel dont la désignation est progressivement intégrée au jeu politique, ce qui prépara la croisade albigeoise.

Introduction

En 1176, le prieur de Bioule, puis en 1177 l’abbé Amiel de Saint-Théodard de Montauriol, font recopier l’ensemble de leurs archives dans des cartulaires.1Ce n’est pas anodin. C’est le geste d’établissements qui pressentent les conflits et veulent mettre leurs titres à l’abri. C’est un orage dans un siècle de guerres. De la fin du XIe siècle au seuil du XIIIe, le Midi connait une suite presque ininterrompue de conflits que l’historiographie a réunis sous un nom : la grande guerre méridionale.

Le terme doit être précisé : Il ne désigne pas la croisade albigeoise, postérieure d’une génération, une croisade venue du Nord. Et il n’est qu’une homonymie pour la Grande Guerre de 1914-1918, simple homonymie. Il n’est pas confondu avec le récit des « Cathares contre la France ». L’expression est une construction moderne. Les contemporains vivaient une succession de guerres distinctes2. On fait un choix d’historien et non la reprise d’un terme d’époque.

Pour le choix des bornes on adopte l’intervalle v. 1098 – v. 1196 soit de la prise de Toulouse par Guillaume IX d’Aquitaine au mariage de Raymond VI et de Jeanne d’Angleterre. 1196 est une borne dynastique commode. Plusieurs protagonistes disparaissent entre 1194 et 1196 ; la pacification est diversement datée de 1196 à 1198.3C’est dans ce cadre que l’article propose de voir la grande guerre méridionale non comme la rébellion d’un vassal contre son comte, mais l’affrontement de deux légitimités, celle des comtes de Toulouse et celle de la maison de Barcelone. On y verra les Trencavel comme des arbitres, mobiles, entre deux seigneuries et que les Corbières en furent un enjeu .

Pour le Toulousain et le Quercy, on suit la reconstruction de Didier Panfili ; on la croise avec la documentation catalane et avec les travaux d’Hélène Débax et de Gauthier Langlois, ce qui permet de déplacer le centre de gravité du récit vers les Trencavel et les Corbières. Les sources restent d’inégale portée et ne touchent (sauf exception) que l’aristocratie4.

I. Deux prétentions

C’est de titres concurrents que naît le conflit.

La maison de Toulouse, une préeminence contestée : héritière de Saint-Gilles (première croisade) elle revendique une prééminence sur l’ensemble du Midi, de la Provence à Narbonne. Sa puissance repose moins sur une administration que sur un tissu de fidélités personnelles, toujours à retisser5. Ses droits sur la Provence sont partiels et fluctuants

La maison de Barcelone construit une avancée au nord des Pyrénées : Entre 1067 et 1070, le comte Raimond Bérenger Ier acquiert les droits supérieurs sur les comtés de Carcassonne et sur le Razès. Ce sont ces droits qui fondent une suzeraineté, sans détenir pour autant la possession effective. En 1112, le mariage de Raimond Bérenger III avec Douce ouvre la Provence à la maison de Barcelone6. Par l’union dynastique de 1137 (mariage de Pétronille d’Aragon et Raymond Beranger IV), la maison de Barcelone gouverne l’Aragon, une couronne qui porte ses positions jusqu’en terre d’oc.

Entre les deux, les Trencavel : vicomtes de Carcassonne, du Razès, de Béziers, d’Albi et de Nîmes. Ils occupent une position charnière. Leur relation avec Barcelone est durable, cependant leur pratique politique reste mobile. La revendication barcelonaise sur leur patrimoine ne s’éteint jamais bien que l’hommage à Toulouse avec les mariages et les arrangements locaux puisse temporairement déplacer leur position. Les Trencavel ne sont pas des vassaux « naturellement » barcelonais. Leur choix de seigneur supérieur est justement l’un des objets de la guerre7.

Un jeu d’alliance complexe : à la périphérie des deux prétendants gravitent des puissances intermédiaires capables de faire pencher l’équilibre. Les Trencavel la vicomtesse de Narbonne le seigneur de Montpellier En Provence, la maison des Baux.

Des puissances extérieures les Plantagenêts, qui revendiquent Toulouse au nom d’Aliénor d’Aquitaine après l’annulation de son mariage royal (1152) le roi de France Louis VII puis Philippe Auguste), qui intervient ponctuellement comme contrepoids aux ambitions plantagenêt l’Empire (Frédéric Barberousse) La grande guerre méridionale est une affaire de maisons imbriquées, où nul ne se bat seul8.

II. Les Corbières, marche disputée entre Toulouse et Barcelone

Quatre actes montrent l’enjeux des Corbières. 1067-1070, Barcelone acquiert les droits supérieurs sur Carcassonne et le Razès. 1112, Bernard Aton Trencavel reconnaît tenir Carcassonne en fief de Barcelone, tandis que Raimond Bérenger III menace la ville. 1150, Raimond Trencavel fait hommage au comte de Barcelone pour Carcassonne et le Razès.9 1179, après un rapprochement passager avec Toulouse scellé vers 1171 par le mariage de Roger II Trencavel et d’une fille de Raymond V, le vicomte se range de nouveau auprès d’Alphonse II d’Aragon, qui lui concède en fief Carcassonne, le Razès, le Lauragais et les pays associés, avec un serment collectif des hommes de Carcassonne10.

Cette séquence 1112, 1150, 1171, 1179 montrent que le Razès, et donc les Corbières est une zone de contact où se recouvrent fiefs, hommages et juridictions dont la seigneurie supérieure oscille au gré de la guerre. C’est là, et non dans une frontière linéaire que se joue la rivalité des deux maisons.

Termes, le verrou d’une marche

la seigneurie de Termes est la pièce maîtresse de ce dispositif, Gauthier Langlois la tient pour « la plus puissante dans les États des Trencavel ». Elle est née comme châtellenie comtale chargée de garder la frontière la plus menacée du Carcassès. Elle reçoit ce que G.Langlois considère comme l’un des plus importants fiefs de la cité de Carcassonne, le château Narbonnais, dont l’hommage est rendu vers 1084 puis renouvelé vers 1112, « alors que le comte Raimond Béranger III de Barcelone menaçait la ville avec son armée ».11

La chaîne des dépendances montre que les Termes tiennent leurs terres en fief des vicomtes de Carcassonne, qui les tiennent eux-mêmes de l’abbaye de Lagrasse. On mentionnera l’hommage rendu à l’abbé, traditionnellement daté de 1110 (mais l’acte est d’authenticité discutée (G.L.). les serments attestés des Termes à Raimond Trencavel, pour Arques en 1154 puis pour Durfort en 1163, suffisent à établir leur union à la maison vicomtale12.

Un paysage fortifié en évolution : la plupart des châteaux du Termenès apparaissent dans les actes à partir du XIIIe siècle. Peyrepertuse, Quéribus et Aguilar sont bien nommés comme points de la frontière de la maison de Cerdagne-Besalù dès le testament de 1021. Mais, les forteresses que l’on appelle « cathares » (et qui deviennent Forteresses Royale en 2026) relèvent surtout d’une réorganisation royale postérieure à la croisade. Le décor castral du XIIe siècle est plus modeste, cest celui des châtellenies et de leurs châtelains émancipés13.

Un élément qui montre mieux encore la position des Corbières (G.Langlois) est que jusqu’à la fin du XIIe siècle les seigneurs de Termes ne s’allient qu’avec les grandes familles des comtés catalans du nord (Peyrepertuse, Fenolhet, Corsavy, Roussillon, Cerdagne). Ces liens les ont « sans doute préservés du pire » lors des tentatives barcelonaises de reprise en main14. La noblesse des Corbières regarde vers le sud, c’est l’ancrage aristocratique d’une marche disputée.

Narbonne : Ermengarde et le ressentiment envers Toulouse

À l’est, Narbonne. Aymeri II meurt à Fraga en 1134. Sa fille Ermengarde mineure c’est le comte Alphonse Jourdain de Toulouse qui prend le contrôle de la vicomté vers 1139. Il la restitue en 1143 après sa défaite15. On comprend la défiance durable d’Ermengarde envers Toulouse, et sa présence, en 1159, dans la coalition dressée contre Raymond V. Ce n’est pas un ralliement de circonstance, mais le choix d’un lignage que Toulouse avait dépouillé. C’est une grande protectrice des troubadours, elle relie ces faits politiques à la culture de cour que vit le Languedoc de cette pèriode.

III. Trois guerres en une : le déroulé (v. 1098-1196)

Les prodromes (v. 1098-1140) :

1098 : Guillaume IX d’Aquitaine s’empare de Toulouse, préfigurant la prétention que reprendront les Plantagenêts 1108 : Alphonse Jourdain (comte de Toulouse) est excommunié pour avoir piller des terres ecclésiastiques, affaiblissant sa position face à Barcelone 1123 Les Catalan interviennent en Provence(siège d’Orange)

Les conditions d’une guerre sont en place

La génération de tous les dangers (1141-1164)

Les années 1141-1142 marquent un tournant. Trencavel Roger Ier rompt l’alliance toulousaine et engage les hostilités. En deux ans, Penne et Villemur sont pris puis repris. Le comte Alphonse est fait prisonnier et doit verser une rançon de 60 000 deniers melgoriens (somme représentant plusieurs années de revenus comtaux) et accepter une paix défavorables16. 1147, Alphonse part pour la Terre sainte et y meurt l’année suivante, « sans doute empoisonné ». Son empoisonnement évoqué par Panfili reste une hypothèse (rumeur contemporaine)17. Son fils, Raymond V, hérite à treize ans d’un État assiégé. le premier acte connu de son règne est la concordia de Béziers de 1149, qui se conclut à l’avantage du vicomte Roger Ier ( la balance penche encore du côté trencavel)18.

La menace culmine en 1159. Une grande coalition est montée par le comte de Barcelone qui réunit le seigneur de Montpellier, Raymond Trencavel, la vicomtesse Ermengarde de Narbonne et Henri II Plantagenêt. Elle prend Cahors et fond sur Toulouse. L’intervention de Louis VII, beau-frère de Raymond V, desserre l’étreinte. La présence anglaise dans le Quercy et les revendications sur le Toulousain se prolongent au début des années 116019.

Reprise en main comtale et théâtre provençal (1165-1181)

Passé le péril, Raymond V reprend l’initiative. C’est un Seigneur bâtisseur (bastidor) qui multiplie les places. Montauban (fondée dès 1144 sous Alphonse Jourdain), Grisolles, Castelsarrasin et un chapelet de châteaux le long de la Garonne sont fondées. Il réduit les lignages intermédiaires : les vicomtes de Toulousain-Bruniquel, puis Pons, qui se fait vicomte de Bruniquel en 1176; le comte neutralise progressivement les appuis et installe ses propres agents20. Le conflit se joue aussi en Provence, où la maison de Barcelone soumet les Baux en 1156 (sous Alphonse II d’Aragon) et affronte l’Aragon autour de l’héritage de Douce de Provence (1167). L’assassinat du comte Raimond-Bérenger III de Provence, en 1181, montre l’extension de la guerre21.

Vers l’apaisement (1176-1196)

Les dernières décennies du siècle voient les fronts s’atténuer. Un accord est conclu dès 1176 entre Raymond V et Alphonse II d’Aragon. En 1196, le mariage de Raymond VI avec Jeanne d’Angleterre (sœur de Richard Cœur de Lion) scelle un rapprochement. 1196 n’est pas une fin, c’est une borne dynastique commode. Plusieurs protagonistes disparaissent entre 1194 (mort de Raymond V) et 1196 ‘mort d’Alphonse II). La pacification est diversement datée, de 1196 à 1198. Le système d’alliances change. L’influence des Plantagenêt s’accroit, les ambitions aragonaises reculent temporairement22.

IV. Vivre ou survivre dans la tourmente

Sous le récit des maisons, il y a une société, les actes n’éclairent, presque toujours, que ses sommets.

Des fidélités mouvantes

L’engagement au service du seigneur prend parfois des formes surprenantes : Pierre de Penne (un miles , )s’étant donné à l’abbaye de Montauriol pour y finir moine, quitte la clôture en 1142 pour servir son seigneur Trencavel, dans la guerre. il y retourne en 1148 et de devient le scribe de l’abbaye. Un tel va-et-vient montre bien que fidélités aristocratiques et engagements religieux ne sont pas deux mondes étanches23.

Des hommes en mouvement

Arnaud Guitard, petit aristocrate établi entre Montech et Finhan, n’ajoute le surnom « de Finhan » à son nom qu’à partir de 1174 : Panfili y voit vraisemblablement le signe d’un besoin de protection, à l’heure où se peuplent les villages fortifiés et où s’y dessinent des quartiers aristocratiques, à Verfeil, Corbarieu ou Belfort-de-Quercy24.

Le coût de la guerre

Son coût se lit dans la monnaie. Les actes des granges de Grandselve révèlent un affolement monétaire entre 1170 et 1173. Sur 619 actes, 242 renferment des caritas (dons pieux), plus de la moitié pour la décennie 1170; la moyenne des dons bondit à plus de 31 sous entre 1170 et 1173, avant la dévaluation du denier toulousain en 1178. Les aristocrates se dessaisissent d’une partie de leurs serfs, et le vocabulaire des prélèvements se durcit. On passe du couple dare – habere (le paysan « donne, le seigneur a ») à debere-requirere (« le paysan doit , le seigneur exige »)25 c’est la crispation des mots qui trahit celle des rapports.

Imaginaire social

Les transmissions littéraires méritent prudence. La vida du vicomte-troubadour Raymond Jourdain de Saint-Antonin, blessé au combat et cru mort, nous dit que sa dame se fait alors « hérétique de douleur »; c’est l’une des plus anciennes traditions narratives faisant intervenir une conversion à l’hérésie dans l’entourage d’un aristocrate méridional. Elle porte un imaginaire social plus que le fait. Une vida est une source tardive et littéraire, non un compte rendu contemporain26.

V. L’hérésie, l’arme d’un échec

Il reste le nœud qui commande la suite. L’hérésie n’est pas inventée par les comtes et Bernard de Clairvaux constate une implantation réelle à Verfeil dès 1145. Le concile de Tours (1163) puis le colloque de Lombers (1165) en font une affaire publique. Le phénomène religieux est antérieur et autonome27.

L’instrumentation politique Sa désignation en fait un enjeux politique. Dés 1145, en détournant Bernard de Clairvaux vers Verfeil, Alphonse montre que la question religieuse est déjà politiquement pertinente. Aucune preuve ne permet de penser qu’il « fabrique » l’hérésie pour vaincre Trencavel. C’est en 1177 que l’instrumentalisation devient nette. En pleine coalition contre lui, Raymond V écrit à Cîteaux et accuse explicitement les terres de ses adversaires d’être gagnées par l’hérésie. La désignation est alors clairement intégrée au conflit.

Les comtes ouvrent une « boîte de Pandore » en appelant une intervention religieuse contre leurs adversaires. Ils donnent à la question hérétique une dimension qui bientôt leur échappe28. Le prétexte se retourna contre ses auteurs. La croisade de 1209, puis la mort de Pierre II d’Aragon à Muret en 1213, portent un coup décisif aux ambitions aragonaises au nord des Pyrénées. Leur abandon juridique définitif n’interviendra qu’au traité de Corbeil en 125829. Ces événements recouvrent une nouvelle période dont ils sont la conséquence.

Conclusion : une page se tourne

Sous ce jour, la grande guerre méridionale change de visage. Elle n’est pas l’histoire d’un comte et de ses vassaux félons, mais celle de deux légitimités, Toulouse et Barcelone. Ces deux maisons se disputent un même Midi, avec les Trencavel, arbitres mobiles, et trois théâtres d’opération. Les Corbières en sont une marche disputée. Le Razès, seigneurie supérieure, passe de main en main, la seigneurie de Termes est en verrou et la noblesse tournée vers la Catalogne.

Elle est la préquelle d’une tragédie mieux connue et en désignant l’hérésie, les comtes ont contribué à donner à la question religieuse une portée qui les dépassera.

La lecture séduisante d’un « espace catalano-occitan » que la bataille de Muret aurait avorté, c’est une interprétation et non un fait30. Que plusieurs des acteurs disparaissent entre 1194 et 1196 renforce l’impression d’une page qui se tourne. L’histoire des Corbières, terre de contact et de fidélités partagées, invite surtout à ne pas l’enfermer dans une nation qui n’existait pas encore. Son prolongement, avec Olivier de Termes, le cathare et le croisé, appartient au siècle suivant31.

TABLEAU CHRONOLOGIQUE

DATEEVENEMENT
1098Guillaume IX d’Aquitaine prend Toulouse par les armes (droits de sa femme Philippa de Toulouse)
1122Excommunication d’Alphonse Jourdain par le pape Calixte II pour pillage de terres ecclésiastiques
1123Intervention catalane en Provence (siège d’Orange)
1142–1143Roger Ier Trencavel rend hommage à Raimond-Bérenger IV de Barcelone pour Carcassonne, Albi et le Razès
1143Alphonse Jourdain capturé par Bernard de Canet ; prise de Penne et Villemur ; rançon imposée
1144Fondation de Montauban par Alphonse Jourdain (charte du 6 octobre)
1145Bernard de Clairvaux prêche à Toulouse et dans l’Albigeois ; découvre une dissidence à Verfeil
1147–1148Alphonse Jourdain part en croisade ; meurt empoisonné à Césarée le 16 avril 1148
1149Concordia de Béziers : Roger Ier Trencavel prête serment à Raymond V de Toulouse
1150Mort de Roger Ier Trencavel ; Raimond Ier Trencavel hérite de Carcassonne, Albi et le Razès
1153Raimond Ier Trencavel capturé le 10 octobre ; rançon de 3 000 marcs d’argent
1159Grande coalition contre Raymond V : Henri II prend Cahors et Rodez, assiège Toulouse ; Louis VII vient au secours, retrait fin septembre
1162Soumission des Baux en Provence (siège de leur château)
1163Concile de Tours : autorise les princes toulousains et gascons à recourir à la procédure inquisitoire contre les hérétiques
1165Colloque de Lombers : dispute entre évêques catholiques et parfaits cathares
1166–1167Héritage de Douce II de Provence : Alphonse II d’Aragon s’empare du comté de Provence
1167Assassinat de Raimond Ier Trencavel par les bourgeois de Béziers (15 octobre)
1171Mariage de Roger II Trencavel avec Adélaïde, fille de Raymond V (rapprochement avec Toulouse)
1176Accord entre Raymond V et Alphonse II d’Aragon
1177Raymond V écrit au chapitre général de Cîteaux et accuse les terres de ses adversaires d’être gagnées par l’hérésie
1179Concile Latran III : anathème contre cathares, patarins et albigeois ; Trencavel renouvellent leur serment à Alphonse II
1181Assassinat près de Montpellier de Raimond-Bérenger IV de Provence par des hommes d’Adhémar de Murviel
1185Traité de Baziège stabilisant temporairement les relations
1194Mort de Raymond V de Toulouse (décembre) ; mort de Roger II Trencavel (19 mars)
1196Mort d’Alphonse II d’Aragon (mars) ; mariage de Raymond VI avec Jeanne d’Angleterre
1209Croisade des albigeois ; mort de Raimond-Roger Trencavel (10 novembre)
1213Bataille de Muret (12 septembre) : mort de Pierre II d’Aragon — coup fatal aux ambitions aragonaises au nord des Pyrénées
1258Traité de Corbeil (11 mai) : abandon juridique définitif des revendications aragonaises en Languedoc
1098Guillaume IX d’Aquitaine prend Toulouse par les armes (droits de sa femme Philippa de Toulouse)
1122Excommunication d’Alphonse Jourdain par le pape Calixte II pour pillage de terres ecclésiastiques
1123Intervention catalane en Provence (siège d’Orange)
1142–1143Roger Ier Trencavel rend hommage à Raimond-Bérenger IV de Barcelone pour Carcassonne, Albi et le Razès
1143Alphonse Jourdain capturé par Bernard de Canet ; prise de Penne et Villemur ; rançon imposée
1144Fondation de Montauban par Alphonse Jourdain (charte du 6 octobre)
1145Bernard de Clairvaux prêche à Toulouse et dans l’Albigeois ; découvre une dissidence à Verfeil
1147–1148Alphonse Jourdain part en croisade ; meurt empoisonné à Césarée le 16 avril 1148
1149Concordia de Béziers : Roger Ier Trencavel prête serment à Raymond V de Toulouse
1150Mort de Roger Ier Trencavel ; Raimond Ier Trencavel hérite de Carcassonne, Albi et le Razès
1153Raimond Ier Trencavel capturé le 10 octobre ; rançon de 3 000 marcs d’argent
1159Grande coalition contre Raymond V : Henri II prend Cahors et Rodez, assiège Toulouse ; Louis VII vient au secours, retrait fin septembre
1162Soumission des Baux en Provence (siège de leur château)
1163Concile de Tours : autorise les princes toulousains et gascons à recourir à la procédure inquisitoire contre les hérétiques
1165Colloque de Lombers : dispute entre évêques catholiques et parfaits cathares
1166–1167Héritage de Douce II de Provence : Alphonse II d’Aragon s’empare du comté de Provence
1167Assassinat de Raimond Ier Trencavel par les bourgeois de Béziers (15 octobre)
1171Mariage de Roger II Trencavel avec Adélaïde, fille de Raymond V (rapprochement avec Toulouse)
1176Accord entre Raymond V et Alphonse II d’Aragon
1177Raymond V écrit au chapitre général de Cîteaux et accuse les terres de ses adversaires d’être gagnées par l’hérésie
1179Concile Latran III : anathème contre cathares, patarins et albigeois ; Trencavel renouvellent leur serment à Alphonse II
1181Assassinat près de Montpellier de Raimond-Bérenger IV de Provence par des hommes d’Adhémar de Murviel
1185Traité de Baziège stabilisant temporairement les relations
1194Mort de Raymond V de Toulouse (décembre) ; mort de Roger II Trencavel (19 mars)
1196Mort d’Alphonse II d’Aragon (mars) ; mariage de Raymond VI avec Jeanne d’Angleterre
1209Croisade des albigeois ; mort de Raimond-Roger Trencavel (10 novembre)
1213Bataille de Muret (12 septembre) : mort de Pierre II d’Aragon — coup fatal aux ambitions aragonaises au nord des Pyrénées
1258Traité de Corbeil (11 mai) : abandon juridique définitif des revendications aragonaises en Languedoc
Grande guerre méridionale (v. 1098–1196) — Chronologie

Notes et sources

  1. Didier Panfili, « Une phase de la grande guerre méridionale : Bas-Quercy et Haut-Toulousain dans la tourmente (1142-1177) », p. 55-65 (dépôt HAL : halshs-03001504).
  2. L’expression relève de l’historiographie moderne : les contemporains ne désignent pas ainsi une série de guerres qu’ils vivent comme distinctes. Elle est parfois doublée de « guerre de Cent Ans méridionale », analogie commode mais anachronique.
  3. Le bornage varie : 1098-1196 (retenu ici) ; 1098-1249 chez D. Panfili, art. cité. La borne de 1196 est dynastique ; la pacification est diversement datée de 1196 à 1198, et plusieurs protagonistes disparaissent entre 1194 et 1196 (Raymond V, le vicomte Roger II Trencavel, puis Ermengarde de Narbonne).
  4. Pour le Toulousain et le Quercy, on suit ici largement la reconstruction de D. Panfili, art. cité, croisée avec la documentation catalane et avec Hélène Débax, La féodalité languedocienne, XIe-XIIe siècles. Serments, hommages et fiefs, Toulouse, PUM, 2003, et Gauthier Langlois, « La formation de la seigneurie de Termes », Heresis, n° 17, 1991, p. 51-72.
  5. Sur l’appareil comtal et son caractère personnel, Laurent Macé, Les comtes de Toulouse et leur entourage (XIIe-XIIIe siècles), Toulouse, Privat, 1999.
  6. Sur l’entreprise catalane et sa logique matrimoniale, Martin Aurell, Les noces du comte. Mariage et pouvoir en Catalogne (785-1213), Paris, Publications de la Sorbonne, 1995. Les transactions de 1067-1070 portent sur les droits des anciens comtes de Carcassonne et sur le Razès ; elles fondent la suzeraineté barcelonaise sans emporter la possession effective.
  7. H. Débax, op. cit. ; sur le Liber Feudorum Maior comme instrument du pouvoir comtal barcelonais, Adam J. Kosto, « The Liber feudorum maior of the counts of Barcelona: the cartulary as an expression of power », Journal of Medieval History, 27/1, 2001.
  8. Sur le programme politique de Roger II et les actes de fidélité des années 1150-1180, H. Débax, « Un cartulaire, une titulature et un sceau : le programme politique du vicomte Roger II (Trencavel) dans les années 1180 », dans Les cartulaires méridionaux, Paris, Éd. de l’École nationale des chartes, 2006.
  9. En 1150, Raimond Trencavel fait hommage au comte de Barcelone Raimond Bérenger IV pour Carcassonne et le Razès ; cf. H. Débax, op. cit. L’acte de 1112 avait déjà fait reconnaître Carcassonne comme fief de Barcelone.
  10. Le mariage de Roger II Trencavel et d’Alazaïs, fille de Raymond V, scelle vers 1171 un rapprochement avec Toulouse ; en 1179, Roger II se range auprès d’Alphonse II d’Aragon, qui lui concède en fief Carcassonne, le Razès, le Lauragais et les pays associés, avec serment collectif des hommes de Carcassonne : H. Débax, « Un cartulaire… », art. cité (la liste territoriale exacte est à vérifier sur l’acte).
  11. G. Langlois, art. cité, qui tient la seigneurie de Termes pour « la plus puissante dans les États des Trencavel » et son fief carcassonnais — le château Narbonnais, dont l’hommage est rendu vers 1084 puis renouvelé vers 1112 — pour l’un des plus importants de la cité.
  12. L’hommage de Bernard Aton à l’abbé de Lagrasse est traditionnellement daté de 1110, mais son authenticité est discutée ; la démonstration repose plutôt sur les hommages sûrs des Termes à Raimond Trencavel pour Arques (1154) et Durfort (1163) : G. Langlois, art. cité. Sur les actes, Recueil des chartes de l’abbaye de La Grasse, t. I (779-1119), éd. É. et A.-M. Magnou-Nortier, Paris, 1996 ; t. II (1119-1279), éd. C. Pailhès, Paris, CTHS, 2000 (numérisés sur Gallica).
  13. G. Langlois, art. cité : « la plupart des castra du Termenès n’apparaissent en tant que tels dans la documentation qu’au XIIIe siècle ». Peyrepertuse, Quéribus et Aguilar sont nommés comme points de la frontière de la maison de Cerdagne-Besalù dès le testament de Bernard Taillefer (1021), mais les forteresses aujourd’hui dites « cathares » relèvent surtout de la réorganisation royale postérieure à la croisade.
  14. G. Langlois, art. cité : selon lui, jusqu’à la fin du XIIe siècle les Termes ne s’allient qu’à des lignages des comtés catalans du nord (Peyrepertuse, Fenolhet, Corsavy, Roussillon, Cerdagne), liens qui les ont « sans doute préservés du pire » lors des tentatives barcelonaises de reprise en main.
  15. Aymeri II de Narbonne meurt à Fraga en 1134 ; sa fille Ermengarde étant mineure, le comte Alphonse Jourdain de Toulouse prend le contrôle de la vicomté vers 1139 et la restitue en 1143, après sa défaite. Sur Ermengarde, voir les travaux de Jacqueline Caille sur Narbonne médiévale.
  16. D. Panfili, art. cité (Penne et Villemur pris et repris en 1142-1143 ; rançon de 60 000 sous melgoriens ; paix défavorables au comte).
  17. Ibid. : Alphonse quitte le Languedoc pour la Terre sainte en 1147 et meurt l’année suivante, « sans doute empoisonné » — l’auteur présente l’empoisonnement comme une hypothèse.
  18. Ibid. : la concordia de Béziers (mai 1149) fait suite à « un serment prêté au vicomte Roger Ier » ; cette phase d’apaisement est à l’avantage du vicomte, c’est Raymond V qui se déplace.
  19. Ibid. (coalition de 1159 : comte de Barcelone, seigneur de Montpellier, Raymond Trencavel, la vicomtesse Ermengarde de Narbonne et Henri II Plantagenêt, qui prend Cahors ; échec devant Toulouse par l’intervention de Louis VII ; présence anglaise prolongée au début des années 1160).
  20. D. Panfili, art. cité (Raymond V bastidor : Montauban dès octobre 1144, Grisolles, Castelsarrasin, la ligne de la Garonne). La réduction de Pons, qui se fait vicomte de Bruniquel en 1176, est progressive : neutralisation de ses appuis (1177), guerre-éclair (1176-1178), agents comtaux à Bruniquel à partir de 1180.
  21. Sur le théâtre provençal — intervention catalane à Orange (1123), soumission des Baux (1156), guerre autour de l’héritage de Douce (1167), assassinat du comte Raimond Bérenger de Provence (1181) — M. Aurell, op. cit.
  22. Un accord est conclu en 1176 entre Raymond V et Alphonse II d’Aragon ; en 1196, le mariage de Raymond VI et de Jeanne d’Angleterre marque l’apaisement.
  23. D. Panfili, art. cité (Pierre de Penne quitte la clôture en 1142 pour servir le Trencavel, y revient en 1148 et devient le scribe de l’abbaye).
  24. Ibid. : Arnaud Guitard ajoute le surnom « de Finhan » à partir de 1174 ; Panfili y voit vraisemblablement le signe d’un besoin de protection.
  25. Ibid. : sur 619 actes du cartulaire de Grandselve, 242 renferment des caritas, dont 52 % entre 1170 et 1179, la moyenne passant à plus de 31 sous entre 1170 et 1173 ; les aristocrates se dessaisissent d’une partie de leurs serfs ; le vocabulaire seigneurial passe de dare/habere à debere/requirere ; dévaluation du denier toulousain en 1178.
  26. Ibid. On rappellera qu’une vida de troubadour est une source littéraire tardive, précieuse pour l’imaginaire social mais à ne pas lire comme un compte rendu contemporain.
  27. L’implantation hérétique est réelle : Bernard de Clairvaux la constate à Verfeil en 1145 ; le concile de Tours (1163) puis le colloque de Lombers (1165) en font une affaire publique ; en 1177, Raymond V appelle Cîteaux. Cf. D. Panfili, art. cité.
  28. Ibid. La formule de la « boîte de Pandore » est une image d’auteur, non un résultat documentaire.
  29. Sur Muret (1213) et la mort de Pierre II d’Aragon, M. Aurell, op. cit. ; l’abandon juridique définitif des prétentions aragonaises au nord des Pyrénées n’intervient qu’au traité de Corbeil (1258).
  30. La lecture d’un « espace catalano-occitan » que Muret aurait tué dans l’œuf relève de l’interprétation et non du fait établi.
  31. Gauthier Langlois, Olivier de Termes. Le cathare et le croisé (vers 1200-1274), Toulouse, Privat, 2001, dont le chapitre I reprend la formation de la seigneurie.

Bibliographie

Sources primaires éditées. Liber Feudorum Maior, éd. F. Miquel Rosell, Barcelone, CSIC, 1945, 2 vol. — Recueil des chartes de l’abbaye de La Grasse, t. I (779-1119), éd. É. et A.-M. Magnou-Nortier, Paris, 1996 ; t. II (1119-1279), éd. C. Pailhès, Paris, CTHS, 2000. — Histoire générale de Languedoc, C. Devic et J. Vaissète, rééd. Toulouse, Privat.

Ouvrages. AURELL, Martin. Les noces du comte. Mariage et pouvoir en Catalogne (785-1213). Paris : Publications de la Sorbonne, 1995. — BISSON, Thomas N. Fiscal Accounts of Catalonia under the Early Count-Kings (1151-1213). Berkeley, 1984. — DÉBAX, Hélène. La féodalité languedocienne, XIe-XIIe siècles. Toulouse : PUM, 2003. — LANGLOIS, Gauthier. Olivier de Termes. Le cathare et le croisé (vers 1200-1274). Toulouse : Privat, 2001. — MACÉ, Laurent. Les comtes de Toulouse et leur entourage (XIIe-XIIIe siècles). Toulouse : Privat, 1999. — PANFILI, Didier. Aristocraties méridionales. Toulousain-Quercy, XIe-XIIe siècles. Rennes : PUR, 2010.

Articles et contributions. DÉBAX, Hélène. « Un cartulaire, une titulature et un sceau : le programme politique du vicomte Roger II (Trencavel) dans les années 1180 », dans Les cartulaires méridionaux, Paris, Éd. de l’École nationale des chartes, 2006 (attribution à confirmer). — KOSTO, Adam J. « The Liber feudorum maior… », Journal of Medieval History, 27/1, 2001. — LANGLOIS, Gauthier. « La formation de la seigneurie de Termes », Heresis, n° 17, 1991, p. 51-72. — MACÉ, Laurent. « Chronique d’une grande commotion… », Revue du Tarn, n° 176, 2000, p. 661-683. — PANFILI, Didier. « Une phase de la grande guerre méridionale… (1142-1177) », p. 55-65 (dépôt HAL : halshs-03001504). — PONSICH, Pierre. « Le comté de Razès… », Études Roussillonnaises, IX, 1989, p. 33-54.

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