Loto occitan


Le loto, la quine ou rifle, un jeu royal devenu savoureusement occitan


C’est un mot du XVIIIe siècle, emprunté à l’italien lotto (même signification). C’est « un Jeu de hasard dans lequel on a des cartons portant des numéros correspondants à une série de quatre-vingt-dix numéros enfermés dans un sac ; on tire ces derniers numéros, et celui-là gagne qui remplit le plus vite un carton avec les numéros sortants » Littré.

Le Loto du Dauphin est un jeu de hasard aristocratique français diffusé en 1775 par le tabletier Vaugeois et présenté comme une version plus complexe et ludique du loto classique. La légende attribue l’idée à Louis XVI, qui aurait conçu et surtout complexifié ce jeu pour amuser son fils, le Dauphin (Wikipedia) ; mais il est répandu essentiellement dans le cercle de Marie-Antoinette. Dans la dénomination il y a un double sens entre le Dauphin du roi et le jeu : le dauphin est aussi une pièce du jeu (symbolisée en dauphin) qui désigne la couleur favorite du joueur et augmente ses chances.

Alors que le Loto du Dauphin disparaît des cours royales après la Révolution, il survit dans le Midi et en particulier en Languedoc et en Provence, où il devient un rituel hivernal.


Le loto se joue à la quine avec le remplissage d’une ligne complète (5 numéros) ou au carton plein (tous les numéros d’un même carton), les numéros étant marqués sur le carton avec un grain de maïs (un gran de milh), haricot ou fève (una mongeta o una fava). La tradition audoise du loto, devenue un folklore local, avait lieu autour des fêtes de Noël en période hivernale; dans les villages, les rifles annoncent un soir de fête. La soirée de loto organisée au café ou à la salle communale, commençait par des parties à la quine et s’achevait par un tirage au carton plein. Les lots classiques et appréciés étaient : la dinde (la piota), le jambon (lo cambajon), le filet garni, l’oie (l’auca), le canard gras (lo tiro), les bouteilles de vin.


L’appel des numéros en occitan donne au loto languedocien son originalité par l’annonce qui en est faite  :
Collecte Cros-Mayrevieille – 1939 et entendu dans une salle de Lézignan (11120), de Boutenac (11120) et Olonzac (34210) dans les années 70.

Numéro Énoncé en occitantraduction ou énoncé en Français remarque
1un, lo primièr de milale premier de mille
2dos, coma de mèles / uros o malurascomme du miel / il est heureux ou malheureux
3Tres, la guèrra i es / val pas resla guerre y est / il ne vaut rienguerre de Troie
4quatre, val t’en te batrevas t’en te battre
5cin, al tapinsaux taloches / la pleine main
7sept, la pigassala pioche / en voiturele train vers Sète
8uèit, la gordajeu de l’osseletos de forme en 8
11onze, zonzon
13tretze, ma sortreize ma soeurTreson, diminutif de Thérèse
14quatorze, l’òme fortl’homme fortle soldat de 1914
22vint e dos, las doas poletas / las auquetasles deux poulettes / les petites oies / les voilà, ils sont là
29vint e nau, San MiquelSaint Michel29 septembre note 1
30 trenta, trempa la sopatranche de pain trempée dans la soupe
33trente tres, la musica de Sigean / los dos bossutsla musique de Sigean / les deux bossutle nombre de musicien ou le 33 tour de 1946?
44quaranta quatre, las doas cadièrasles deux chaisesdeux fois quatre pieds
66soixante sieis, las doas cauquillhasles deux coquillesnote 2
69soixante nau, cap e tiol / cossi que virestête et cul / comment tu tournes
71septanta una, l’annada de la guèrral’année de la guerrel’année de la guerre de 1870 – 1871 – note 3
77septanta set, las doas pigassasles deux pioches
89quatre vint nau, la revolucionla révolution 1789
90nonenta, lo papetale Papé

Note 1 : culte fort fin XIVe et XVe – la Saint-Michel marque la fin des récoltes et précède la tombée des feuilles. On organisait des foires, des marchés et des festins pour remercier Dieu des moissons. Certaines communautés allumaient de grands feux pour éloigner les mauvais esprits et favoriser la récolte suivante. Note 2 : en 1939 des témoins ou acteurs de cette guerre sont présents Note 3 : les numéros minéralogiques sont utilisés de façon plus récente avec 66 « les catalans ».

Un loto au village

Arrivé au café, le loto ne commence jamais à l’heure ! Les cartons sont en vente en passant dans les tables. Les numéros de tirage sont vérifiés et mis dans un sac. Les numéros tirés du sac seront disposés sur un tableau pour vérification du carton gagnant.

Le lot est annoncé et le tirage commence. Une connivence s’installe entre joueurs et blagues de l’annonceur, un même vécu, une même compréhension. Plus la salle est nombreuse plus vite la quine est criée. Autour du quinzième tirage, ça murmure; beaucoup en sont à quatre numéros sur les cinq attendus….

Les remarque fusent :  – pic e al repic, un numéro marqué et au suivant. – amb ! Sus l’os de la cambe (sur l’os de la jambe), un autre sur la même rangée. – terna ! Lanterna (3e au sens de « ça traîne »). al quaterne, cop de sac o remena (coup de sac/secoue pour forcer la chance). Quine ! Ne démarquez pas ! Vérification du tirage ; la quine est bonne, vous pouvez démarquer! et le gagnant reçoit son lot. – Sans oublier le « camionneur ou le camionnage » (une pièce pour le porteur du lot) !

Si la quine est annulée, continuation à partir du dernier numéro. Les ex-æquo éventuels reçoivent un lot chacun ou un tirage au sort (chacun tire un numéro dans le sac) est effectué pour les départager.

Dans les villages importants le loto se jouait sur plusieurs salles (Lézignan, loto du Grand Soleil) et attirait les villages voisins.

Modernisme et encadrement


Les lotos évoluent avec des pratiques commerciales de grandes salles, de lots très importants et c’est la perte d’une part de vie sociale rythmée par la saisonnalité et la connivence des mots et d’une même culture.

Le loto est un jeu traditionnel à réglementation souple dans un cadre restreint mais encadré de textes réglementaires

Note 4 :La prohibition ne s’applique pas aux lotos traditionnels lorsque : « la notion de cercle restreint est considérée comme un regroupement des personnes ayant des activités ou des affinités identiques avec pour finalité de procurer aux organisateurs, généralement des associations, une source de financement permettant la pérennité du tissu associatif indispensable à l’animation surtout en milieu rural. Si aucun texte ne limite le nombre maximum de lotos susceptibles d’être organisés, ces derniers ne doivent cependant pas, par leur caractère répétitif, devenir une activité économique à part entière s’écartant alors d’un but social, culturel, scientifique, éducatif ou d’animation sociale. D’autre part, l’audience du loto ne doit pas être manifestement disproportionnée au regard du caractère local de la manifestation. Elle doit donc de ce fait être limitée géographiquement et ses fins doivent demeurer étrangères à toute dimension mercantile, contraire à l’esprit de la loi que pourraient leur conférer une certaine publicité et un caractère répétitif. »

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